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16 juin 2019 La 5G est-elle dangereuse pour notre santé ?

La 5G est-elle dangereuse pour notre santé ?

Le nouveau standard de téléphonie mobile qui est la 5G suscite beaucoup de craintes quant à ses effets sanitaires. On fait le point sur les fausses informations et les expérimentations.

Les champs électromagnétiques produits par les téléphones portables ont été classé en 2014 dans la catégorie des cancérogènes possibles pour l’homme par l’Organisation Mondiale de la Santé. En 2018, une vaste étude américaine du National Toxycology Program a conclu qu’une forte exposition aux ondes électromagnétiques 2G et 3G avaient provoqué des tumeurs au cerveau chez des rats mâles. Difficile de généraliser ces résultats à l’homme car les niveaux et la durée d’exposition étaient bien supérieurs à ce que peuvent rencontrer les utilisateurs de smartphones.

Mais cela a renforcé légitimement la suspicion à l’égard de la téléphonie mobile, même si le risque certain de « cancérogénicité » n’est pas avéré. Dans ces conditions, il est logique de s’interroger sur les effets potentiels d’un nouveau standard de téléphonie mobile comme la 5G, d’autant qu’opérateurs et constructeurs de smartphones promettent plus de puissance et de débit. Le problème, c’est que la question est parasitée par des fausses informations colportées sur les réseaux sociaux.

Rumeurs et intox

On a vu circuler pêle-mêle des rumeurs affirmant que des oiseaux étaient morts à cause de la 5G, que des arbres étaient coupés pour des expérimentations, ou encore que les cerveaux de nos enfants allaient griller comme dans un micro-ondes. On vous passe toutes les vidéos complotistes qui pullulent sur YouTube, la 5G étant accusée d’être un instrument du grand capital pour asservir et surveiller le monde entier.

Une pétition réclamant un moratoire sur la 5G est aussi soutenue par 170 scientifiques de 37 pays. Mais les signataires sont des militants anti-ondes de longue date et certains apparaissent comme des figures polémiques, à l’image du professeur Belpomme qui a fait l’objet d’une procédure disciplinaire de l’Ordre des médecins. Les déclarations de la ministre bruxelloise du logement et de l’environnement Céline Fremault au mois d’avril ont aussi été le prétexte à de nombreuses fake news affirmant que Bruxelles suspendait le déploiement de la 5G en raison de ses répercussions pour la santé. Coupé de son contexte, sa citation « La 5G ? Les Bruxellois ne sont pas des souris de laboratoire » a fait le tour du web.

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Mais la ministre s’était en fait plainte des protocoles de mesure qui n’auraient pas été adaptés à la 5G. Aussi, lorsque le président de l’Arcep Sébastien Soriano a été auditionné par les sénateurs français le 10 avril dernier, il a été assailli de questions angoissées sur les risques d’exposition au futur standard de téléphonie mobile.

La 5G appliquera les mêmes valeurs limites que la 4G

Des associations comme Les Robins des toits accusent la téléphonie mobile d’occasionner des perturbations sensorielles comme des troubles visuels et auditifs, la modification de l’électrocardiogramme ou encore des vertiges et des nausées. Mais ces manifestations ne sont pas scientifiquement avérées. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’Environnement et du travail) ne prend donc en compte que les effets thermiques, c’est-à-dire l’échauffement des tissus.

Les smartphones doivent respecter la valeur limite du DAS (Débit d’absorption spécifique) qui est fixée à 0,08 W/kg pour le corps entier et 2W/kg pour la tête ou le tronc. Les mesures se font en laboratoire. Les grandes antennes mobiles, elles, sont contrôlées sur le terrain grâce à des sondes. Leur niveau de référence dépend de la bande de fréquence, comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous.

 

Ces limites d’exposition s’appliquent indépendamment de la technologie. La 5G ne dérogera pas à la règle : elle devra s’adapter à la réglementation en vigueur, comme la 2G, 3G et 4G. L’ANFR (Agence nationale des fréquences) publie d’ailleurs régulièrement la liste des points atypiques dépassant la moyenne nationale d’exposition, qui est de 6 Volt par mètre. L’agence identifie systématiquement les émetteurs et agit sur leur installation pour faire diminuer leur puissance, bien que cette dernière se situe en-dessous des valeurs limites.

L’ANSES réalise actuellement une expertise

En France, le lancement commercial de la 5G est prévu début 2020, mais les expérimentations des opérateurs ont commencé depuis de longs mois dans une quinzaine de grandes villes comme Paris, Grenoble, Lyon, Marseille, Lille ou BordeauxOrange vient même de débuter les premiers tests avec de vrais utilisateurs et des smartphones 5G du commerce comme le Galaxy S10. Les conditions réelles sont donc maintenant enfin réunies pour observer le comportement de ce nouveau standard.

Dans sa feuille de route sur la 5G, le gouvernement a chargé l’ANSES de procéder à une expertise sur l’aspect sanitaire de la technologie. Avant toute chose, elle doit engranger un maximum de données sur l’exposition et le fonctionnement des antennes de la part des opérateurs télécoms et des équipementiers. Elle devrait être en mesure de rendre ses premiers éléments à l’automne. L’ANFR est, elle, chargée de procéder aux mesures d’exposition sur tous les sites pilotes et de veiller à l’adaptation des protocoles. Elle vérifie donc actuellement que les sites 5G respectent bien les valeurs limites réglementaires, de manière à ce qu’il n’y ait pas de surprise lors du lancement courant 2020. Les tests continueront après l’ouverture commerciale de la 5G comme pour les autres technologies.

Les ondes millimétriques font polémique

Lors de son audition au Sénat au mois de novembre dernier, Olivier Merckel, chef de l’unité d’évaluation des risques à l’ANSES avait précisé que « parler de l’impact de la 5G sur la santé n’a pas grand sens en soi, il faut vraiment s’intéresser aux différentes bandes de fréquence et aux technologies qui sont associées ». Entrons donc dans le détail de ces technologies.

Pour le moment, les tests en France ne se font que dans des fréquences sub-millimétriques, soit entre 3,4 et 3,8 GHz. Ce sera également le cas pour le déploiement en 2020 car l’attribution de la bande millimétrique 26 GHz n’est pas à l’ordre du jour en France par exemple. « Les qualités du 3,5 GHz sont bien connues puisque cette bande de fréquence est déjà utilisée, notamment par le THD Radio ou le WiMax. Le passage à la 5G ne représente donc pas un vrai changement », nous indique Gilles Brégant, directeur général de l’ANFR. Les opérateurs mobiles auront également la possibilité de compléter la 5G en réallouant les bandes 4G 800, 900 et/ou 1800 MHz.

Les bandes millimétriques se situent en théorie au-dessus des 30 GHz. Par abus de langage, on attribue le qualificatif de millimétrique dès que l’on dépasse les 24 GHz. Cela s’applique donc aussi au 26 Ghz, la bande de fréquence haute retenue en Europe pour la 5G. Elle est occupée actuellement en France principalement par les satellites, l’armée et les faisceaux hertziens entre sites fixes qui raccordent, par exemple au coeur de réseau les antennes mobiles qui ne sont pas encore reliées en fibre optique. L’usage du 26 GHz en matière de téléphonie mobile grand public sera donc une première.

Mais la propagation de ces fréquences hautes étant moins bonne, on peut déjà se réjouir que les ondes qu’elles émettent pénètreront moins profondément le corps humain. « Aux alentours de 20 à 40 GHz, il n’y a quasiment plus de pénétration dans le corps, l’essentiel de l’énergie est absorbée au niveau de la peau », a détaillé Olivier Merckel devant les sénateurs.

Toutefois, les bandes millimétriques pourraient avoir une incidence sur les insectes. Une étude parue en 2018 dans la revue Nature montre qu’au-delà de 6 GHz, la puissance électro-magnétique absorbée par les insectes décuple, et ce d’autant plus si leur taille est inférieure à 1 cm. « Cela pourrait entraîner des changements dans le comportement, la physiologie et la morphologie des insectes au fil du temps, en raison de l’augmentation de la température corporelle », conclut l’étude. Il va donc falloir être vigilant et observer l’impact de ces ondes sur l’environnement, à partir du moment où elles seront utilisées massivement.

Massive MIMO, small cells, beamforming, des technologies qui font peur

Les technologies de la 5G inquiètent également les militants anti-ondes. Ils redoutent particulièrement la multiplication des petites antennes appelées small cells. Les ondes millimétriques pâtissant d’une faible propagation, il est effectivement prévu de multiplier les small cells au plus près des utilisateurs dans les centres très denses. Elles seront dissimulées sur les façades des immeubles ou dans le mobilier urbain comme les abribus, les panneaux d’affichage ou les colonnes Morris. Leur volume d’implantation pourrait être dix fois supérieur à celui des antennes classiques. « Tout le monde sera exposé à chaque coin de rue aux antennes de la 5G », s’est insurgée le médecin épidémiologiste Annie Sasco au micro de TV5 Monde. Et de redouter des répercussions pour notre santé.

L’ANFR a conduit trois études sur le sujet à Annecy, Montreuil et au Kremlin-Bicêtre entre 2017 et 2018. Elles ont montré que les small cells permettaient de réduire considérablement la puissance d’émission des smartphones, diminuant ainsi l’exposition des usagers aux ondes mais préservant aussi les batteries des terminaux. Leur mise en place sur les sites pilotes n’a eu également aucun effet sur le niveau d’exposition moyen du public aux ondes émises par l’ensemble du réseau. En revanche, il n’y a aucun bénéfice à proximité immédiate des antennes : le niveau d’ondes reste de 1 V/m. Il va donc falloir réglementer leur installation vu leur localisation au milieu de la population. Mais là encore, la question ne se posera au lancement de la 5G en France en 2020 puisque les small cells ne seront mises en œuvre que lorsque la bande de fréquence 26 GHz sera libérée.

Autre source de peur : le massive MIMO, qui consiste à multiplier le nombre d’antennes en émission sur les stations de base et en réception sur les smartphones. Le tout pour augmenter les capacités en débit et réduire les interférences. Les terminaux 5G commençant tout juste à être commercialisés, on manque encore de recul sur ce sujet. Mais il est probable qu’il faudra mettre à jour les protocoles de mesure du DAS, lorsque les fréquences millimétriques seront utilisées.

Enfin, le beamforming aussi suscite des inquiétudes. Il utilise des faisceaux dynamiquement orientables pour mieux diriger les ondes directement sur les terminaux des utilisateurs, ce qui permet un meilleur rendement énergétique et réduit encore davantage les interférences. « A cause des antennes intelligentes, de multiples faisceaux vont chercher à se connecter en permanence à nos smartphones. Nous allons être véritablement noyés sous ces derniers », pointe Pierre-Marie Thevenaud, le président de l’association Robin des Toits. Là encore, l’ANFR tempère. « Lorsqu’il n’y aura pas de terminal à proximité de ces antennes intelligentes, elles n’émettront pratiquement pas », précise Gilles Brégant.

Des tests complémentaires sont nécessaires

Mais doit-on craindre un effet d’accumulation, lorsque ces technologies seront mises en œuvre en même temps et que les bandes de fréquence seront toutes déployées ?

Microwave Vision est une société qui fabrique et commercialise des systèmes de test rendant les ondes électromagnétiques visibles, de manière à mesurer antennes et appareils. Et son avis est nuancé. « La puissance émise par les antennes 5G sera du même niveau que celle des réseaux 3G et 4G actuels mais de par la possibilité de focaliser l’énergie, le degré d’exposition aux ondes électromagnétiques pourrait être supérieur dans certains cas », nous a confié le PDG de MVG Philippe Garreau. Ce dernier nous a également alerté sur le fait que les systèmes réagiront de façon dynamique en fonction de l’environnement qui les entoure.

Les mesures d’exposition aux ondes électromagnétiques vont devenir beaucoup plus complexes à réaliser dans le cadre de la 5G. Des tests plus poussés dans toutes les configurations s’imposent donc, afin de s’assurer que les valeurs limites d’exposition ne seront pas dépassées.  .

 

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